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Députés des Français de l'étranger: une pantalonnade ?

18 septembre, 2012 16:34  Chroniques Chroniques

les 11 députés des Français de l'étranger élus en 2012Trois mois plus tard, l’été passé et le soufflet retombé il est temps de revenir sur l’élection des 11 députés représentant les Français de l'étranger.

A l'issue des législatives de juin 2012, les 11 circonscriptions des Français de l'étranger sont revenues à la gauche pour 8 d'entre-elles (y compris celle englobant Londres et celle des Etats Unis) et les 3 restantes pour l'UMP, comme nous en parlions, carte à l'appui, dans notre article sur les résultats :-).

Des députés pour quoi faire ?

C'est en effet la question qu'on doit légitimement se poser au vue des résultats. D'une part la participation a été très faible - ridiculement faible, avec pratiquement 80% d'abstention et ce malgré pour la première fois la possibilité de voter par Internet. Bien que cette possibilité technologique n'est pas sans couacs (pas possible de voter via un ordinateur Apple, certains codes étaient illisibles ou n'ont pas été reçus...) il est indéniable que cela encourageait la participation puisque faire son "devoir citoyen" pouvait être rempli depuis son salon, en quelques minutes le plus souvent. Donc l'explication ne peut être que le désintérêt manifeste de la population des Français vivant à l’étranger, se demandant bien à quoi peut servir un député les représentant.

Car en résidant hors de France, en participant à la vie locale, il semble bien plus légitime de désirer voter dans son pays d'adoption que pour des représentants situés à plusieurs milliers, voir dizaines de milliers de kilomètres (et ici on pourra faire un clin d’œil au débat sur le droit de vote des étrangers en France, dont nous avons déjà parlé ici) et qui n'auront aucun impact sur vos problématiques quotidiennes. Le Monde avait d'ailleurs rapporté des témoignages dont celui d'un résidant à Montréal qui déclarait : " J’ai décidé de ne pas voter, car je trouve étrange de participer à une élection pour un pays où je ne vis pas. Il me semble beaucoup plus normal qu’un étranger puisse voter pour des élections locales le concernant".

Et à ceux qui rétorquent que, pourtant, plus de 40% se sont déplacés pour élire un président en mai dernier, il suffit de rappeler que le président de la France représente à lui seul tous les ressortissants du pays, alors que les députés des Français de l’étranger sont non seulement noyés dans la masse des quelques 570 autres députés, actant sur la matière législative nationale et bien souvent soumis à la discipline de parti (on se demande bien quelle voix ils pourront porter lorsqu'il s'agira de débattre de l'augmentation de la CSG... la voix de ceux qui ne payent pas l’impôt ?).

Si certains députés semblent prendre leur rôle au sérieux (la PS Axelle Lemaire représentant la troisième circonscription de Grande Bretagne et d'Europe du Nord aurait refusé un poste au gouvernement pour rester sur Londres où habite sa famille), d'autres n'ont pas cette retenue. Ainsi le député Thierry Mariani, ancien ministre des transports, qui avait allègrement mixé les casquettes de membre du gouvernement et de candidat pour effectuer 77 voyages [1] dans la plus vaste des circonscriptions des Français de l’étranger (49 pays, 37 % de la surface du globe avec Russie, Asie, Océanie), annonce maintenant sa future candidature ... aux municipales d’Avignon !

De la politique politicienne

Il faut peut être donner une chance à ces nouveaux élus d'éprouver la fonction, mais la base de départ est bien mauvaise pour ces députés si mal élus. Au final la nouvelle majorité semble prendre les mêmes travers que l'ancienne : Alors que le PS dans l'opposition fustigeait la création par Sarkozy de ces 11 circonscriptions comme autant de députes UMP facilement élus, le fait que la gauche ait raflé 8 postes a brusquement montré les choses sous un nouveau jour.

Rappelons que le programme de François Hollande indiquait: "Suppression du secrétariat d’Etat aux Français de l’étranger qui relevait d'une logique politicienne. Cette responsabilité devra être coordonnée par le Ministre des affaires étrangères". Il n'y en a plus, c'est un fait ! Mais à la place on trouve... un ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Français de l'étranger et de la francophonie (aujourd'hui Mme Hélène CONWAY-MOURET, en remplacement deYamina Benguigui qui ne sera restée qu'1 mois en poste).

Le journaliste Pascal Ménigoz écrit ainsi sur son blog :

"En matière de droit  de vote des expatriés, le calcul a toujours précédé la réflexion. En permettant pour la première fois aux expatriés de participer à la présidentielle de 1981, Valéry Giscard d’Estaing avait moins en tête la valeur ajoutée des Français établis hors de France que son propre intérêt électoral. Et si c’est Nicolas Sarkozy plutôt que François Mitterrand qui a concrétisé le projet ancien de création de députés de l’étranger, c’est bien parce que le premier avait un intérêt supplémentaire à le faire. A l’époque du découpage, chacun s’accordait pour prévoir un rapport de force de 9 sièges pour la droite contre 2 pour la gauche… Quand à savoir s’il y avait une nécessité impérieuse à ajouter de nouveaux représentants aux 155 conseillers élus à l’Assemblée des Français de l’Étranger et aux 6 sénateurs dédiés..."

Mal élus, premiers à essuyer les plâtres (les dorures ?) pour représenter les Français de l’étranger, ils ont 5 années pour justifier leur place, et ne pas être uniquement relégués en appoint d'une majorité nationale.

[1] Probablement contre l'avis du député Thierry Mariani qui s'insurgeait le 26 janvier 2010 contre "Certains responsables politiques [qui] font ainsi preuve d'une grande liberté en période électorale en confondant régulièrement moyens de la collectivité et compte de campagne." :-D

   



         
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