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Le difficile retour d'expatriation

11 mars, 2013 10:16  Chroniques Chroniques

Mappemonde et passeport - FotoliaL'expatriation suscite souvent enthousiasme et espoir : partir dans un nouveau pays, découvrir une nouvelle culture. Même s'il est loin le temps ou le terme était aussi synonyme de prime et d'avantages des cadres envoyés "détachés" l'étranger par leur entreprise ou une administration, il est bon de rappeler que le terme expatriation doit être pris dans sa globalité et concerne aussi toute personne partant a l'étranger pour une vivre une aventure individuelle.

N’empêche, l'appel du large est un vecteur positif, une bouffée de fraicheur face aux difficultés quotidiennes, la crise, le chômage. Une pétition publiée dans Libération du 3 septembre 2012 était ainsi titrée Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! :

"il ne s’agit pas ici d’encourager votre fuite qui condamnerait la France à terme, mais de vous encourager à partir explorer le monde, à vous imprégner de la créativité et de l’enthousiasme qui fleurissent aujourd’hui un peu partout, de faire des rencontres qui changeront vos vies, avant d’en faire profiter notre pays à votre retour. Partez, revenez, repartez encore, revenez de nouveau."

Oui mais c'est justement là le problème : le retour. Le journal le Monde y consacrait un article le 30 novembre 2012, et bien que l'on ne dispose pas de statistique précise sur le phénomène, il est admis que tous les ans des milliers de Français font le chemin du retour.

Corinne Béquin confie au Monde : "A Shanghaï, c'était très facile de se faire des amis. Ici, je suis retombée dans l'anonymat. Je me sens comme une étrangère dans mon propre pays.". Cette jeune mère de famille française, qui vient de rentrer en France après sept ans en Tunisie et quatre en Chine, avoue même se sentir parfois étrangère dans son propre pays, une expression qui revient souvent dans la bouche des anciens expatriés.

Le métier de conseiller à l'impatriation (néologisme dérivé du mot "expatriation" - on parle aussi de repatriation) s'est développé depuis quelques années. Le Monde cite ainsi deux "consultantes interculturelles" qui animent gracieusement des sessions d'information, et qui expliquent : "Notre expatriation nous a changés, mais ce n'est qu'au retour que l'on en prend pleinement conscience. On a la langue mais plus les codes. Et, autant il est normal de se sentir étranger à l'étranger, autant il est difficile de se sentir étranger chez soi."

C'est le sentiment général de nombreux impatriés. Depuis l’étranger ils ont idéalisé leur propre pays, mais une fois de retour le plus dur n'est pas forcement la perte d'éventuels privilèges, ni même les tracasseries de l'administration français, mais plus diffus et profondément enfoui, le sentiment de se retrouver complètement anonyme : finit les rencontres d'expats (ah, ça fait combien de temps que tu vis ici, tu habites où, comment as tu trouvé ceci...), les questions des "locaux" (d'où venez vous, comment ca marche dans votre pays chez vous...). L'impatrié n'est plus qu'un parmi tous les autres, et au mieux sa famille ne comprend pas son manque d'enthousiasme au retour, au pire il voit son entourage se désintéresser de son expérience si particulière, fatigué d'entendre le refrain "c'était mieux ailleurs".

L'atterrissage est d'autant plus brutal que la période d'expatriation a été longue, nous rappelle Le Monde, (on parle du "cap des cinq ans"), le pays de résidence éloigné et le retour subi. Après des hauts (la lune de miel de l'arrivée) et des bas (le contrecoup du retour), la réadaptation à la vie française prendrait un an en moyenne.

Citée dans l'article du Monde, Hélène Conway-Mouret, la ministre des Français de l'étranger déclare : "Pour moi, la mobilité, ça se passe dans les deux sens. Vous partez, c'est très bien, vous servez la France à l'étranger. Quand vous revenez, on doit vous montrer que l'on valorise ce que vous avez acquis. On a un guichet pour sortir, on peut bien avoir un guichet pour rentrer !"

Le journal ajoute que la plupart des gens ne réalisent pas que leur expatriation les a changés avant de retourner en France et de se sentir en décalage avec leur entourage. Ils maitrisent la langue mais n’ont plus les codes de leur pays. Des formations interculturelles peuvent être proposées par les entreprises envoyant des managers à l’étranger, mais aussi pour leur retour. Ces coachs conseillent de se concentrer sur les bons côtés de la France comme la qualité de vie offerte par l’Hexagone, la protection sociale et sanitaire, les écoles (quoi qu'on en disent, il suffit de voir la demande exceptionnelle pour suivre les cursus des établissements français de l’étranger, même lorsque de très bonnes écoles locales existent) ou encore la richesse de l'offre culturelle qui caractérise le pays.

   



         
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