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Les 1% les plus riches possèderont-ils bientôt la moitié des richesses du monde?

01 février, 2015 08:00  Chroniques Chroniques

Rich Vs Poor Two Way Street Road Signs Poverty Wealth © iQoncept - Fotolia.comLes richesses dans le monde se concentrent de plus en plus aux mains d'une petite élite fortunée, nous dit une étude publiée le lundi 19 janvier par l'ONG Oxfam.

Selon les calculs basés sur des données du Crédit Suisse, depuis 2010, le pourcent (1%) le plus riche de la population détient une part toujours plus grande des richesses dans le monde.

Selon Oxfam, "en 2014, les 1% les plus riches détenaient 48% des richesses mondiales, laissant 52% aux 99% restants. La quasi - totalité de ces 52% sont aux mains des 20% les plus riches. Au final, 80% de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5% des richesses. Si cette tendance de concentration des richesses pour les plus riches se poursuit, ces 1% les plus riches détiendront plus de richesses que les 99% restants d'ici deux ans."

Dans le même temps, les richesses des 80 personnes les plus riches au monde (les plus fortunés parmi les 1645 milliardaires de la liste Forbes) ont doublé en valeur nominale entre 2009 et 2014 (en 2014, leur fortune cumulée était de 1 900 milliards de dollars), tandis que les richesses des 50% les moins bien lotis ont reculé en 2014 par rapport à 2009.

Pourquoi 80 personnes ? Ce nombre, selon les calculs d'Oxfam, détient autant de richesses que 50% de la population du monde. Autrement dit, 3,5 milliards de personnes se partagent les mêmes richesses que ces 80 milliardaires. Et ce petit groupe n'a cessé de se rétrécir, puisqu’il fallait groupé la fortune des 388 plus riches pour atteindre cette barre de 50% en 2010 (Forbes indique même qu'en fait ils ne seraient plus de 67 dans le groupe !).

Une étude non dénuée de critiques : ce 1% est-il pertinent ?

Si les chiffres sont frappant (1% opposés à 50%), ce qui explique qu'ils aient été largement repris dans le monde et dans tous les médias français ("Les 1% les plus riches vont bientôt détenir 50% de la richesse mondiale, soit plus que les 99% restant", "85 personnes détiennent autant que 3.5 milliards d'autres"), ils sont vivement critiquables, et critiqués notamment par l'économiste Alexandre Delaigue sur son blog.

Pour calculer ce chiffre de 80 (ou 85, ou 67....) il faut tout d'abord trouver la richesse totale dans le monde, qui est selon le rapport (page 89) de $ 241 mille milliards. Ensuite à la page 146, vous trouverez la proportion de toutes les richesses global détenu par chacun des déciles de revenu du monde. Les 10% ont 86% de la richesse; 10% ont ensuite 7,8%, et ainsi de suite. Ajouter les cinq déciles inférieurs, et vous obtenez 0,7%. Et si vous multipliez $ 241 mille milliards par 0,7%, vous obtenez $ 1,7 mille milliards. Il suffit alors d'additionner la richess des milliardaires de la liste Forbes et de s'arrêter quand on a obtenu le même nombre.

Le problème est que si on regarde la composition par région de cette richesse mondiale, on observe quelques bizarreries. Ainsi Alexandre Delaigue écrit:

"Il n'y a aucun Chinois parmi les 10% les plus pauvres du monde. Par contre environ 7.5% des 10% les plus pauvres sont... américains. Comment est-ce possible?

C'est simple : la mesure utilisée est le patrimoine net, c'est-à-dire les actifs des personnes [ce qu'elles possèdent en capital ou en immobilier par exemple] moins leurs dettes. Et de nombreux Américains sont endettés, ont donc un patrimoine net négatif, ce qui les rend plus pauvres que des gens qui n'ont rien du tout.

Précisons : selon ce mode de calcul, un étudiant américain à Harvard, qui a pris un crédit pour faire ses études, est plus pauvre qu'un réfugié syrien qui cherche à survivre dans les montagnes libanaises. La personne la plus pauvre du monde n'est pas un Africain affamé : c'est Jérôme Kerviel, qui depuis sa condamnation doit environ 5 milliards d'euros à la Société Générale, ce qui lui vaut le patrimoine net le plus bas du monde, à moins 5 milliards. Les Américains qui ont pris un crédit auto sont plus pauvres que des Chinois qui n'ont rien du tout. Selon ce calcul, deux milliards de personnes ont un actif net négatif, ce qui veut dire que même si vous n'avez rien, vous appartenez déjà aux 70% les plus riches; mon neveu, qui joue avec une pièce de 50 centimes d'euros, se retrouve d'un coup plus riche que 2.5 milliards de personnes."

Et M. Delaigue ajoute :

"Se poser la question des 1% les plus riches en France, ou aux USA, peut être pertinent; mais les "riches" au niveau mondial correspondent à des situations tellement différentes que ce groupe ne représente rien de précis. Pour entrer dans les 50% les plus riches au niveau mondial, il suffit d'un patrimoine net d'environ 3000 euros. Cette somme se trouve sur le livret A de nombreux Français qui n'ont probablement pas l'impression d'être parmi les plus riches."

Ainsi, en plongeant dans les données fournies par la banque Suisse, l'économiste français relève un autre biais de l'étude : l'extrème hétérogénéité des groupes. Il indique ainsi que pour entrer dans ces 1% les plus riches, il "suffit" de disposer d'un capital de 650 000 euros. Soit la plupart des propriétaires d'un 2-3 pièces sur Londres, un bon nombre de retraités propriétaires de leur maison, ou encore les possesseurs de résidences secondaires. Bref, on est loin de l'opulence que tendraient à montrer les comparaisons. Le principe même de ces catégories, où on agrège ensemble un petit retraité français et un multi-miliardaire russe ou américain n'a aucun sens au niveau mondial. 

La question des inégalités est cependant plus que jamais d'actualité

Bien que le rapport soit très critiquable dans sa formulation sensationnelle, il n'en est pas moins révélateur d'une tendance. Le Monde a ainsi interrogé Jean Gadrey, professeur d'économie à l'université de Lille et collaborateur du mensuel Alternatives économiques.

Selon le journal qui cite M. Gadrey : "il est très difficile d'obtenir des données parfaites au niveau mondial sur les niveaux de patrimoines privés, car on compare des situations très différentes selon les pays. Si on veut construire un indicateur évolutif et qui décrive la situation présente, il faut donc nécessairement se contenter d'approximations, qui n'en sont pas pour autant fondamentalement inexactes. En outre, l'étude d'Oxfam est identique dans sa méthodologie à celles des années précédentes, et la comparaison se fait donc dans les mêmes termes."

D'autre études montrent elles aussi la même tendance, comme celle du World Wealth Report qui aboutit aux même conclusions, à savoir que la richesse du monde tend à se concentrer dans les mains d'un nombre toujours plus restreint d'individus. Bref, plus qu'une bataille autour des chiffres et des pourcentages, l'idée est bien plus de dénoncer une tendance qui s'accroit vers une concentration des richesses au niveau mondial.

D'ailleurs Alexandre Delaigue admet dans sa conclusion que "les inégalités sont un sujet important, et leur augmentation dans les pays développés justifie que l'on s'en préoccupe" mais il déplore que le sensationnalisme de ces chiffres chocs soit contre productif et encourage les stéréotypes, par exemple "oubliant que la réalité [du continent africain] au cours des dernières années, c'est une croissance économique forte" et donc que le nombre de pauvres a diminué, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

   



         
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