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Macron supprime 33M€ de crédits pour l'enseignement à l'étranger, entraînant fermetures de postes et augmentation des frais de scolarité

26 novembre, 2017 21:55  Chroniques Chroniques

Lycée Français Charles de Gaulle de Londres - Photo AEFE http://www.aefe-europe.net

Le gouvernement d'Emmanuel Macron a décidé l'annulation de 33 millions d’euros (soit 10% du budget 2017 en cours) des crédits versés à l’AEFE (Agence de l'Enseignement Français à l'Etranger), ce qui entraîne directement la suppression de 180 postes pour 2018 et plus de 500 postes (enseignants et encadrants) titulaires sur les 3 prochaines années. Cela s'accompagnera aussi d'importantes hausses des frais de scolarité.

C'est une surprise et une pillule amère pour les familles de Français vivant hors de France et qui ont massivement voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle et son parti au législatives, et doivent se sentir bien mal remerciés.

Pour faire face à cette double contrainte (annulation de 33M€ de crédits de paiement à l’AEFE et la demande de sa tutelle d’équilibrer le compte de ses services centraux), l'AEFE a décidé de prendre une série de mesures qui auront de lourdes conséquences pour le budget des familles et la qualité de l’enseignement dans les établissements, tant en gestion directe que conventionnés.

  • Augmentation, dès le 1er janvier 2018, de la participation financière complémentaire sise sur l’ensemble des frais de scolarité de chaque établissement de 6 à 9%, soit une augmentation sèche de 50%! Celle-ci devrait diminuer à 7.5% en 2019 ( retour à 6% visé en 2020). A charge des familles, principalement.
  • Suppression de 80 postes d’expatriés et 100 postes de résidents en septembre 2018, 66 postes d’expatriés et 100 postes de résidents en septembre 2019, 66 postes d’expatriés et 100 postes de résidents en septembre 2020. Au total, cela fait donc 512 postes sur 3 années qui seront supprimés, soit un dixième des postes de détachés enseignants.
  • Suppression également en 2018 des subventions d’investissement et d’équipement, sauf sur la sécurité celles qui ont déjà fait l’objet d’un protocole pluriannuel.

Contrairement à l'annonce initiale de l'AEFE, il apparait que celle ci soit aussi contrainte de ponctionner les fonts de roulements des établissements, ce qui entrainera nécesserairement une révision importante des budgets de ces derniers, notamment au niveau des projets de développement en cours dans la plupart d’entre eux. Beaucoup sont en effet engagés dans des projets immobiliers qui ont déjà entrainé de fortes augmentations de frais de scolarité difficiles à assumer pour les familles.

Les syndicats de parents et d'enseignants se mobilisent

Depuis plusieurs années, les syndicats des enseignant à l'étranger (SNES-FSU, SNUipp-FSU, UNSA-Education, Sgen-CFDT, Français du monde-ADFE) dénoncent une dotation de l’État nettement insuffisante, au regard des charges qui pèsent sur l’Agence. Cela fait aussi des années que les syndicats demandent des ouvertures, ne serait-ce que pour régler les situations des titulaires non résidents. Ce même constat d'une situation financière précaire avait déjà été pointé dans une enquête de la Cour des comptes remise au Sénat en octobre 2016.

Le gouvernement, relayé par ses députés estampillés LREM nie le problème, expliquant que les dotations sont en hausse (contre toute attente, Alexandre Holroyd, député LREM pour Grande Bretagne et Europe du Nord, aurait même soutenu qu'"au contraire le budget est en augmentation", avant de s'éclipser sans attendre la fin de la réunion au Lycée de Londres, nous a-t-on rapporté).

Le Projet de Loi de Finances pour 2018 semble en apparence marquer une certaine stabilité de la dotation à l’Établissement public. Toutefois, ainsi que l'expliquent les syndicats, c'est fort méconnaitre la situation où les usagers et donc les besoins sont en hausse constante, et nier la réalité de la ponction de 33M€.

Le SNES-FSU a solicité le 26 octobre 2017 une audience auprès du Ministre de l'Europe et des Affaires Etrangères, M. Le Drian (celui ci avait rappelé le 29 juillet que l'AEFE comptait parmi les "atouts" d'une diplomatie française d'influence) en demandant que le projet de loi de finances 2018 soit amendé et que la subvention soit augmentée pour compensation des annulations de crédits. La FAPEE, principale fédération de parents d’élève, a également écrit au ministre pour s'inquiéter des coupes annoncées.

Si les députés LREM font pour le moment la sourde oreille, les sénateurs semblent avoir entendu la grogne : un amendement à la loi de finance a été adopté par le Sénat:

"Cet  amendement  vise  à  augmenter  de  30 millions  d’euros  la  subvention pour  charges  de  service  public  versée  à  l’Agence  pour  l’enseignement  français  à l’étranger  (AEFE)  (action 5  «AEFE»  du  programme  185  «Diplomatie  culturelle et d’influence) afin de compenser les effets de la régulation budgétaire intervenue durant l’été 2017."

Le texte devra toutefois retourner à l'Assemblée où le projet de loi peut évoluer et cet amendement retoqué par les élus de la majorité LREM.

Appel à la grève dans les Lycées de l'étranger

Dans ce contexte incertain les syndicats enseignants appellent à la grève sur l’ensemble du réseau AEFE ce lundi 27 novembre, jour du Conseil d’administration de l'AEFE.

Dans la plupart des établissements un permanence devrait être assurée afin d'accueillir les élèves dont les enseignants seraient grévistes. Des réunions d'informations syndicales devraient également se tenir dans les établissements, ce qui entrainera mécaniquement l'annulation d'une partie des cours.

   



         
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