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Brexit et coronavirus: quand le Royaume-Uni se rend compte qu'il a besoin de migrants européens

27 avril, 2020 08:00  Chroniques Chroniques

Terres agricoles - @Freepik

L'un des principaux arguments avancé par les partisants du Brexit était de mettre un terme à «l'invasion» des migrants venant de l'Union Européenne (oui, des mauvais «migrants» entrant, car lorsque nous parlons de retraités britanniques qui vont au Portugal, ces derniers devraientt être appelés de bons «expatriés» selon la BBC).

Même à la mi-février, alors que le coronavirus faisait la Une des journaux, montrant les mesures sans précédent prises en Chine (l'Italie a commencé à imposer des mesures de confinement 20 jours plus tard), la grande préoccupation du gouvernement britannique était toujours d'empêcher l'immigration peu qualifiée avec un nouveau système post-Brexit basé sur des point et un minimum de revenu d'au moins 25 600 £ par an. Le Daily Mail, tabloïd pro-Brexit, était ravi et écrivait : "L'immigration peu qualifiée sera rendue pratiquement impossible dans un système à points, avec les règles de libre circulation reléguées aux livres d'histoire."

C'est donc avec une certaine ironie que l'on a reçu l'information sur le prochain problème auquel le Royaume-Uni sera confronté suite à la crise du COVID-19 : "Les fruits et légumes vont manquer si la Grande-Bretagne n'affrète pas des avions pour amener dans ses champs des travailleurs d'Europe de l'Est", a rapporté le journal dominal britannique The Observer fin mars.

Alors que jusqu'à présent les supermarchés britanniques répètent qu'il n'y a pas de pénurie de quoi que ce soit et qu'il n'y a pas besoin de stockage, cela pourrait arriver très bientôt si la Grande-Bretagne n'est pas en mesure d'engager suffisamment de travailleurs agricoles; faute de quoi les récoltes ne seront pas effectuées dans les campagnes britanniques.

90 000 postes doivent être maintenant pourvus en quelques semaines et l'année dernière 98% des effectifs provenaient de l'extérieur du Royaume-Uni (la grande majorité venant de Bulgarie et de Roumanie). Avec la crise du COVID-19 et la plupart des pays soumis à un confinement strict, la situation est critique et le gouvernement ne pourra pas dire qu'il ne savait pas.

L'association Concordia est l'un des principaux fournisseurs de travailleurs saisonniers et rencontre actuellement d'énormes difficultés pour amener au Royaume-Uni la main d'oeuvre nécessaire, y compris en provenance de l'Union Européenne. Selon The Observer, Stephanie Maurel, directrice de Concordia, a déclaré:

"Notre recrutement en dehors de l'UE est au point mort, ce qui nous laisse uniquement des possibilités avec la Lituanie, qui a ses frontières fermées, la Roumanie qui n'a pas d'avions et la Bulgarie qui est encore un petit espoir. [...]
En raison du manque la main-d'œuvre, certaines exploitations agricoles avaient dàjà du mettre la clef sous la porte. La situation actuelle en fermera d'autres. Vous n'aurez pas de fruits et légumes dans les magasins. Les asperges et les haricots commencent dans quelques semaines, les concombres début avril, les tomates sont toute l'année; en mai, ce sont les fruits rouges - fraises, framboises; les laitues sont en terre depuis décembre."

Même le gouvernement britannique fait maintenant l'éloge des travailleurs d'Europe de l'Est, à l'image du secrétaire à l'Environnement, George Eustice: "J'ai parlé avec l'industrie de l'importance critique des travailleurs saisonniers, qui viennent généralement d'Europe pour cueillir nos fruits et nos légumes."

Afin d'atténuer le manque de main-d'oeuvre disponible pour les récoltes, les voix s'élèvent pour appeler les britanniques à de pallier au besoin. Concordia prétend avoir plus de 14 000 candidats, mais seuls 30% ont déjà une expérience de travail saisonnier dans les fermes.

Soudain, le Royaume-Uni constate que beaucoup des travailleurs clés qu'ils applaudissent chaque semaine viennent de l'étranger

Il a dû être difficile pour Priti Patel, la ministre de l'Intérieur qui prône la réduction des «travailleurs peu qualifiés», de reconnaître que ces personnes étaient si importantes pour le pays. Lors d'une grande marche arrière, elle a annoncé qu'environ 2 800 membres du personnel médical étrangers dont les permis expiraient avant le 1er octobre 2020 verraient leur visa de travail automatiquement prolongé gratuitement d'un an afin qu'ils puissent «se concentrer sur la lutte contre le coronavirus». La restriction du nombre d'heures que les infirmières et les médecins étudiants peuvent effectuer au sein des services médicaux (la NHS) a également été levée et toute prolongation de visa sera exonérée de frais pouvant couter jusqu'à 400 £ par an.

"Les médecins, les infirmières et les paramédicaux provenant du monde entier jouent un rôle de premier plan dans les efforts du NHS pour lutter contre les coronavirus et sauver des vies", a déclaré la ministre.

La nouvelle a été communiquée quelques jours avant que nous apprenions que le nouveau régime de résidence, mis en place pour demander à s'installer définitivement au Royaume-Uni après le Brexit, pourrait être retardé en raison de la situation actuelle. Étant donné que les centres où les documents d'identité peuvent être scannés ont été temporairement fermés, il est conseillé aux personnes de postuler en ligne uniquement. On estime que 600 000 personnes doivent encore s'inscrire avant la date limite de juin 2021.

D'autres pays de l'UE sont également très préoccupés par le manque de travailleurs saisonniers

Mais alors que la situation au Royaume-Uni soulève beaucoup d'ironie, le manque de travailleurs saisonniers frappe en fait tous les pays agricoles d'Europe. Avec la fermeture de la plupart des frontières, il est impossible pour les agriculteurs de recruter en dehors de leur propre pays et la situation est la même partout : l'Allemagne a récemment accepté d'accueillir 40 000 travailleurs saisonniers d'avril à mai, mais ils devront respecter des règles strictes telles qu'un contrôle médical à l'arrivée, une distance minimale et / ou des masques et des gants ... etc.

Le principal problème n'est pas actuellement que les travailleurs ne veulent pas venir (bien qu'en Roumanie par exemple, ils pourraient ne pas souhaiter se déplacer avec le risque de se retrouver en quarantaine une fois de retour au pays) mais il est surtout lié aux difficultés de transport : presque tous les avions sont actuellement immobilisés.

 

   



         
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